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Section 2.1 Équation et applications résolvantes

Conventions et notations 2.1.

\(a\) et \(b\) sont des applications continues définies sur \(I\) à valeurs respectivement dans \(\mathcal L(E)\) et dans \(E\text{.}\) On considère les équations différentielles
\begin{align} (E)\amp\amp x'\amp=a(t)\cdot x+b(t) \tag{2.1}\\ (H)\amp\amp x'\amp=a(t)\cdot x \tag{2.2} \end{align}

Sous-section 2.1.1 Équation résolvante de \((H)\)

Vocabulaire 2.3.

On appelle équation résolvante de \((H)\text{,}\) l’équation différentielle linéaire homogène du premier ordre
\begin{align} (RH)\amp\amp u'=a(t)\circ u \tag{2.3} \end{align}
l’inconnue \(u\) étant une fonction dérivable de \(I\) dans \(\mathcal L(E)\text{.}\)

Espace des solutions de \((RH)\).

\((RH)\) s’écrit sous la forme \(u'=\phi(t)\cdot u\text{,}\)\(\phi\) est l’application continue de \(I\) dans \(\mathcal L(E)\) définie par \(\phi(t)\cdot v=a(t)\circ v\) pour tout \(t\in I\) et \(v\in\mathcal L(E)\text{.}\)
\begin{equation*} \dim S_I(RH)=\dim \mathcal L(E)=(\dim E)^2\text{.} \end{equation*}

Transfert de solutions.

Si \(u\) est une solution de \((RH)\) sur \(I\) alors
  1. pour tout \(e\in E\text{,}\) \(f:t\longmapsto u(t)\cdot e\) est une solution de \((H)\) sur \(I\text{.}\)
  2. pour tout \(v\in \mathcal L(E)\text{,}\) \(t\longmapsto u(t)\circ v\) est une solution de \((RH)\) sur \(I\text{.}\)

Conservation du rang.

Si \(u\) est une solution de \((RH)\) sur \(I\) alors le rang de \(u(t)\) est le même pour tout \(t\in I\text{.}\) En particulier s’il existe \(t_0\in I\) tel que \(u(t_0)\) est inversible alors \(u(t)\) est inversible pour tout \(t\in I\text{.}\) On dit alors que \(u\) est une solution fondamentale de l’équation résolvante \((RH)\text{.}\)

Solutions de \((RH)\) et \((H)\) en fonction d’une solution fondamentale.

Si \(r\) une solution fondamentale de \((RH)\text{,}\) alors
  1. les solutions de \((RH)\) sont les fonctions \(u:t\longmapsto r(t)\circ v\)\(v\in\mathcal L(E)\text{.}\)
  2. les solutions de \((H)\) sont les fonctions \(f:t\longmapsto r(t)\cdot e\)\(e\in E\text{.}\)
Les solutions de \((H)\) et celles de \((RH)\) peuvent donc toutes s’exprimer à l’aide d’une seule solution de \((RH)\text{.}\) Mais ce constat est à peu près inutile quand il s’agit de résoudre effectivement \((H)\text{.}\) Il est beaucoup moins évident de déterminer une solution de \((RH)\) que de déterminer directement des solutions de \((H)\text{.}\)
Si \(\mathcal B=(e_1,\ldots,e_d)\) est une base de \(E\) alors les fonctions \(f_k:t\longmapsto r(t)\cdot e_k\) forment un système fondamental de solutions de \((H)\text{.}\) Leurs wronksien dans la base \(\mathcal B\) est la fonction \(W:t \longmapsto \det\big(r(t)\big)\text{.}\)
d’où le titre de solution fondamentale attribué à ce genre d’application.

Expression des solutions avec conditions initiales.

Si \(t_0\in I\) et \(r\) est l’unique solution de \((RH)\) telle que \(r(t_0)=\id_E\) alors
  1. pour toute solution \(f\) de \((H)\) : \(f(t)=r(t)\cdot f(t_0),\; \forall t\in I\text{.}\)
  2. pour toute solution \(u\) de \((RH)\) : \(u(t)=r(t)\circ u(t_0),\;\forall t\in I\text{.}\)

Sous-section 2.1.2 Application résolvante de \((H)\)

Définition de l’application résolvante.

On appelle application résolvante de l’équation homogène \((H)\text{,}\) l’application \(R:I\times I\longmapsto \mathcal L(E)\) définie par
\begin{equation} \forall (t,s)\in I^2,\; R(t,s)=r_s(t)\tag{2.4} \end{equation}
\(r_s\) est l’unique solution de \((RH)\) vérifiant \(r_s(s)=\id_E\text{.}\) Précisons :
  1. pour tout \((t,s)\in I^2\text{,}\) \(R(t,s)\) donne la position dans \(\mathcal L(E)\) à l’instant \(t\) de la solution de \((RH)\) qui est passée, ou passera, par \(\id_E\) à l’instant \(s\text{.}\)
  2. si on fixe \(s\in I\text{,}\) l’application \(t\longmapsto R(t,s)\) donne l’évolution au cours du temps de la solution de \((RH)\) qui est passé, ou passera, par \(\id_E\) à l’instant \(s\text{.}\)
  3. si on fixe \(t\in I\text{,}\) l’application \(s\longmapsto R(t,s)\) est le flot à l’instant \(t\) de toutes les solutions qui sont passées, ou passeront par \(\id_E\) à l’instant \(s\text{.}\)

Une application pour les exprimer toutes.

Soit \(t_0\in I\)
  1. Pour tout \(u_0\in \mathcal L(E)\text{,}\) l’unique solution \(u\) de \((RH)\) telle que \(u(t_0)=u_0\) est donnée par \(u(t)=R(t,t_0)\circ u_0\text{,}\) soit \(u(t)=R(t,t_0)\circ u(t_0)\text{.}\)
  2. pour tout \(x_0\in E\text{,}\) l’unique solution \(f\) de \((H)\) telle que \(f(t_0)=x_0\) est donnée par \(f(t)=R(t,t_0)\cdot x_0\text{,}\) soit \(f(t)=R(t,t_0)\cdot f(t_0)\text{.}\)

Les propriétés de la résolvante.

  1. pour tout \((t,s)\in I^2\text{,}\) \(R(t,s)\) est un endomorphisme inversible de \(E\text{.}\)
  2. pour tout \((t,s,\ell)\in I^3\text{,}\) \(R(t,s)\circ R(s,\ell)=R(t,\ell)\text{.}\) En particulier \(R(t,s)^{-1}=R(s,t)\text{.}\)
  3. \(R\) est de classe \(\mathcal C^1\) sur \(I^2\) et pour tout \((t,s)\in I^2\)
    \begin{align*} \dd Rt(t,s)\amp =a(t)\circ R(t,s) \\ \dd Rs(t,s)\amp =-R(t,s)\circ a(s) \end{align*}

Expression de la résolvante en fonction des solutions fondamentales.

Pour toute solution fondamentale \(r\) de l’équation \((RH)\) on a
\begin{equation} \forall (t,s)\in I^2,\; R(t,s)=r(t)\circ r(s)^{-1}\tag{2.5} \end{equation}

Sous-section 2.1.3 Résolvante et équation complète

Variation des constantes.

Sachant que les solutions de \((H)\) sont les fonctions \(t\longmapsto r(t)\cdot e\)\(e\) est un vecteur quelconque de \(E\text{,}\) la méthode de la variation des constantes revient donc à faire varier le vecteur \(e\text{.}\) On pose donc \(x(t)=r(t)\cdot e(t)\text{.}\) Alors
\begin{equation} (E)\Longleftrightarrow r(t)\cdot e'(t)=b(t)\Longleftrightarrow e'(t)=r(t)^{-1}\cdot b(t)\tag{2.6} \end{equation}
Ce qui permet en théorie de calculer \(e'\) et donc \(e\text{.}\)

Formule de Duhammel.

Soit \((t_0,x_0)\in I\times E\text{.}\) L’unique solution \(f\) de \((E)\) vérifiant la condition initiale \(f(t_0)=x_0\) est donnée par la formule dite de Duhammel :
\begin{equation} \forall t\in\R,\; f(t)=R(t,t_0)\cdot x_0+\int_{t_0}^tR(t,s)\cdot b(s)\mathrm{d} s\tag{2.7} \end{equation}
Dans cette expression de \(f(t)\text{,}\) l’intégrale représente une solution particulière de l’équation \((E)\text{,}\) la solution qui à l’instant \(t_0\) passe par le vecteur nul. L’autre partie est la solution de l’équation homogène \((H)\) qui à l’instant \(t_0\) passe par le point \(x_0\text{.}\)
On notera également que cette expression généralise celle de la solution du problème de Cauchy d’une EDL à coefficients constant vue dans Théorème 1.24

Cas où \(a(t)\circ a(s)=a(s)\circ a(t)\).

On suppose que pour tous \(t,s\in I\)
\begin{equation*} a(t)\circ a(s)=a(s)\circ a(t) \end{equation*}
Alors selon Exercice 1.4.2 la résolvante de \((H)\) est donnée par
\begin{equation*} \forall (t,s)\in I^2,\; R(t,s)=\exp\biggl(\int_{s}^ta(u)\mathrm d u\biggr) \end{equation*}

Sous-section 2.1.4 Résolvantes d’une équation à coefficients constants

On suppose ici que l’application \(a\) est constante. L’équation résolvante de \((E)\) est
\begin{align} (RH)\amp\amp u'\amp=a\circ u \tag{2.8} \end{align}
  1. Les solutions de \((RH)\) sont les fonctions \(r:t\longmapsto \e^{ta}\circ r_0\)\(r_0\) est un endomorphisme quelconque de \(E\text{.}\) En particulier, l’application
    \begin{equation} r:t\longmapsto \e^{ta}\tag{2.9} \end{equation}
    est une solution fondamentale de \((RH)\text{.}\) Celle qui prend la valeur \(\id_E\) en \(t=0\text{.}\)
  2. L’application résolvante \(R\) de \((H)\) est donc donnée par
    \begin{equation} \forall (t,s)\in \R^2,\; R(t,s)=\e^{(t-s)a}\tag{2.10} \end{equation}

Sous-section 2.1.5 Solutions périodiques d’une EDL périodique